Depuis sa tendre enfance, Mélissa a toujours su qu’elle voulait adopter. Avec son conjoint Pascal, ils rêvaient de fonder une famille et ils ont finalement accueilli une fratrie de trois enfants de l’Ukraine : une jeune fille de 10 ans, Lisa, et deux jumeaux de 11 ans, Oleg et Macha. Les deux parents ont vécu en Ukraine pendant 2 mois avec leurs enfants afin de créer le lien d’attachement, tout en attendant les papiers au travers de nombreuses démarches administratives. Ces derniers sont arrivés au Québec le 14 juin 2014. « En Ukraine il faut savoir que dès qu’ils ont 7 ans, les enfants choisissent et signent leur papier d’adoption et décident d’être adoptés ou pas », indique Mélissa. « Suite à nos premières rencontres avec nos enfants, ils doivent signer dans les 10 jours une lettre de consentement indiquant qu’ils veulent être adoptés. Ils sont rencontrés par la travailleuse sociale, la psychologue et la directrice de l’orphelinat qui les remettent face à cette lourde décision. » Il faut que les trois enfants acceptent d’aller de l’avant avec leurs parents.

Photo : Macha, Lisa, Oleg, Mélissa et Pascal: 5 chemins qui se croisent pour former une famille unie!

« Pascal a eu le fameux coup de foudre au ministère [en lisant le dossier des enfants] et moi c’est quand j’ai ouvert la porte de la salle de réunion à l’orphelinat [en les voyant pour la première fois]. Je ne peux pas expliquer, mais j’ai comme eu des papillons au ventre et je suis soudainement devenue émotive. Les enfants nous en reparlent aujourd’hui », ajoute Mélissa. « Après plus de 50 jours, nous sommes passés à la Cour afin d’obtenir les papiers officiels. Avant de quitter avec les enfants, l’administration de l’orphelinat suggère d’organiser une fête d’adieu ». Cet événement permet aux enfants de dire un dernier au revoir à leurs amis et à leurs nounous. « Vers la fin de la célébration, chaque enfant pensionnaire passe devant nos enfants afin de leur dire un souhait […], cela fut très émotif pour tout le monde », confie-t-elle.

Tout comme Mélissa et Pascal, les parents qui adoptent en Ukraine accueillent la fratrie au complet. « Dans une fratrie, il y en toujours un qui est dominant, il fallait tout démystifier ça et au début ils ne parlaient pas la langue », ajoute Mélissa. Les liens tissés entre eux au fil des années sont très forts. « Ce que nous aimions c’était de sortir au parc : on jouait, bien sûr, mais quelquefois, nous nous amusions tout simplement à les observer, c’était un laboratoire de psychologie à aire ouverte pour nous aider à mieux les connaître et à comprendre les relations intrinsèques de cette fratrie. »

Une fois au Québec, les enfants ont rapidement commencé à rattraper le retard académique et ont appris le français, la langue n’a donc pas été une barrière pour la famille. « Mais ça été énorme, je leur lève mon chapeau avec tout ce qu’ils ont dû apprendre […] C’est comme si on les a isolés pendant 7 années et que là, tout d’un coup, c’est la découverte du monde », déclare Mélissa. Avec l’aide de leurs parents, les enfants sont donc tranquillement amenés à valoriser les petites victoires et à ne pas baisser les bras devant les nombreux défis du quotidien.

Photos : Lisa, Oleg et Macha qui s’amusent dans les arbres!

Aujourd’hui, les enfants s’adaptent de manière différente à leur nouvelle vie. Face à leur histoire d’adoption, Macha est anxieuse et semble vouloir tourner la page, Lisa « pose énormément de questions » et Oleg vit tout de l’intérieur. « Les enfants ont souvent tendance à nous donner des réponses qui nous feront plaisir par peur de nous perdre », précise Pascal. Quant à elle, la jeune Lisa a tendance à se refermer sur elle-même à titre de mécanisme de défense et avait peur de la barrière de la langue. « Je lui ai dit, tu n’as pas besoin du langage pour qu’on se comprenne, si tu te fais mal je suis là. Il y a le langage de l’amour aussi », confie Pascal.

Photos : L’attachement est visible et fort entre les membres de la famille!

De son côté, Macha était en troisième année et ne savait pas lire le russe à son arrivée au Québec. La petite a donc vécu l’apprentissage de la langue française comme un défi supplémentaire. « Ce qu’on disait, c’est comme gravir l’Everest. Nous on avait déjà été en haut, on savait ce qu’on allait voir de l’autre côté, mais eux, ils ne peuvent pas monter l’Everest tout de suite. Il faut franchir de petites étapes à la fois pour la gravir tranquillement. Des fois, on tombe, mais rapidement on se remet en marche… Et vous allez y arriver!», précise Mélissa.

 Selon la travailleuse sociale, les enfants peuvent réagir plus fortement pour tester la solidité du lien qui les unit à leurs nouveaux parents, ce qui les a mis à rude épreuve. « Ça prend vraiment un couple solide, qui se tient et qui s’est préparé », confie Pascal. Mélissa et Pascal ont rapidement compris qu’ils devaient tenir le rôle de parents et non celui de thérapeutes. Ils sont donc allés chercher de l’aide et ont commencé à bien encadrer les enfants dès le début. « Il faut les aider à cheminer là-dedans, mais tout en étant assez humble pour dire qu’on n’a pas tous les outils pour le faire », indique Pascal. Par exemple, « nos enfants sont complètement politisés et ont un avis sur tout, […] ils sont très matures sur certaines choses, mais pas sur d’autres. Notre rôle en ce moment c’est aussi de recadrer et de les ramener à la normalité », ajoute-t-il.

Lorsqu’elle a vu ses parents pour la première fois à l’orphelinat, Lisa était fière. Elle ajoute que sur le chemin de l’orphelinat vers Kiev, elle « ne voulait pas dormir pour profiter de tous les moments. » La petite a aussi dit à ses parents que leur maman biologique leur avait sauvé la vie en les plaçant en adoption, car c’est le meilleur choix qu’elle pouvait faire et c’est grâce à cela qu’elle a pu les rencontrer! D’ailleurs, Mélissa raconte souvent à ses enfants que « les étoiles que l’on voit du Canada sont les mêmes que celles qu’ils regardent dans le ciel d’Ukraine, les mêmes que celles que voient leur maman Nélia et leur grand frère Vitek .»

 « Nous pouvons dire qu’il y a un an, nous sommes revenus d’Ukraine avec les trois plus beaux enfants et que le lien d’attachement se tisse jour après jour et il est de plus en plus fort malgré l’âge avancé des enfants », déclare Mélissa. « De plus, ils sont de véritables survivants puisque nous les avons adoptés au moment de la crise à la place de l’indépendance en Ukraine. Nous avons tous vécu une page d’histoire! »

Découvrez l’univers de la famille sur un très beau blogue instructif et touchant ou pour en apprendre davantage sur l’adoption en Ukraine : pascaletmelissa.com


Un grand merci à Macha, Lisa, Oleg, Mélissa et Pascal pour leur participation!

Rédaction: Amélie Légaré en collaboration avec Mélissa et Pascal

Photographie: Audrey Mainguy

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